samedi 1 novembre 2025

42. Mainova Frankfurt Marathon 2025

ENTRE SKYLINE ET LIGNE BLEUE

Une grosse machine aux rouages bien huilés, c’est ainsi qu’on pourrait définir le marathon de Francfort. Cette épreuve, en place depuis 1981, a pris le temps de faire ses gammes tel un athlète s’affutant durant de longs mois pour atteindre l’excellence. Cette année l’épreuve allemande a confirmé son statut de course rapide et populaire en signant un nouveau record de participation dans une ambiance exceptionnelle. J’ai fait partie des quelques 17 000 chanceux qui ont pu prendre le départ ce dimanche 26 octobre sur les coups de 10h00. Récit de course.





















Pour boucler mon 21e marathon, je cherchais un parcours rapide, similaire au fameux « billard » de Berlin où j’avais effectué mon baptême du feu en septembre 2001. La bonne réputation du marathon de Francfort et la proximité des lieux (pour un frontalier) m’ont donné envie d’y participer.


Le record du parcours est, depuis 2011, la propriété du kényan Wilson Kipsang auteur d’un supersonique 2 h 3 min 41 s. Un chrono extraordinaire surtout quand on sait qu’il a été établi avant l’avènement des chaussures à plaque carbone, véritable atout performance pour tous les coureurs d’aujourd’hui. D’ailleurs dans la foulée de cette performance, il établira un nouveau record du monde, en 2013, à Berlin, en signant un 2h 3 min 23 s.


Ce marathon de Francfort sera le deuxième auquel je participe, cette année, après celui de Genève disputé en mai dernier. Carole, qui avait couru avec moi en Suisse, me suit encore dans ma quête de chrono mais ne prendra pas le départ cette fois. Elle est venue pour me supporter et pour voir si ce marathon de Francfort vaut la peine d’être couru. Vivre la course sous tous ses angles telle sera notre mission. Tandis que je vais vivre la course de l’intérieur, Carole la vivra en spectatrice avec l’appareil photo en bandoulière.


Nous prenons la route la veille de la course, samedi matin. Notre destination ne se trouvant qu’à 220km de Strasbourg, il nous faudra un peu plus de trois heures pour l’atteindre malgré les aléas de la circulation.


Après avoir laissé notre voiture sur un parking spécialement réservé, nous traversons l’imposant parc des expositions en marchant un long moment et arrivons dans le hall N°1 du parc des expositions « Messe Frankfurt » ou un salon rassemblant de nombreux exposants du monde du running est organisé durant tout le week-end. C’est là que je récupère mon sésame pour l’effort, N° 9428, tout droit sorti d’une imprimante 3D après le scan du QR code fournit lors de mon inscription. Terminé les piles de cartons remplis de dossards et les files d’attente interminables. On n’arrête pas le progrès ! J’en profite pour faire le plein de gels énergétiques pendant que Carole fait du shopping.


Quand nous quittons les lieux, en sortant, nous sommes frappés par la hauteur des bâtiments qui se dressent face à nous. C’est comme si nous avions atterris en Amérique. Devant ces géants de pierre, on se sent tout petit mais un effort colossal nous attend. Un effort semblable à un tunnel au bout duquel on ressort grandit. Dans l’hôtel qui nous accueille, notre chambre se trouve au 27e étage et offre une vue à couper le souffle. Dans le coin gauche de la grande fenêtre, j’aperçois l’arche de départ et au centre se dresse l’imposant parc des expositions et son fameux « festhalle », un bâtiment important sur le plan historique dont la construction a été achevée en 1909. À l’époque, c’était le plus grand dôme d’Europe. Un dôme qui s’élève à 40 mètres de hauteur et surplombe l’espace de 5 646 m2 où sera jugée l’arrivée.


De 13:30 à 19 :00, tous les coureurs sont conviés à la Pasta Party pour déguster des nouilles afin d’emmagasiner des forces avant d’empiler les kilomètres. Ambiance tamisée et décoration colorée, dans le « Festhalle » un DJ change de disques à mesure que les bols de pâtes à la sauce tomate se vident. Beaucoup profite de l’occasion pour prendre une photo sous l’arche d’arrivée. Demain dimanche, le dénouement final se jouera dans cette immense salle sur un tapis rouge spécialement déroulé pour l’occasion.


Le dimanche 26 octobre à 10:00 c’est le grand départ. Une à une les vagues du peloton prennent leur envol depuis la rue Friedich- Ebert- Anlange en direction du centre-ville. Parti dans le premier sas, j’essaie de ne pas m’enflammer dans les premiers kilomètres. Je dois vite trouver le bon tempo et me caler dessus. La densité de participants partis sur une allure inférieure à celle qui convient pour réussir un temps en moins de 3h00 est impressionnante. Dans le peloton, les chaussures à lames carbone aux couleurs flashy sont légions et semblent à peine sorties de leur carton d’emballage. La plupart des coureurs sont affûtés comme des lames de rasoir et prêts à en découdre sur l’asphalte. La météo est fraîche et propice aux bonnes performances. Seul un vent tenace s’accroche à nos basques et nous rend par moment la vie dure. 


Au bout de quelques kilomètres, nous passons devant les plus beaux musées de la ville: le musée Stadel, le musée du film allemand et le musée des arts appliqué. De quoi se donner quelques petites idées de visites culturelles pour sortir après la course ! J’essaie de ne pas trop me fier à l’allure qu’indique ma montre GPS qui semble perturbée par la ligne d’horizon (la fameuse skyline). Je préfère me fier à la ligne bleue tracée au sol et aux bonnes vieilles bornes kilométrique qui sont placées là où il faut, au mètre près. Ce n’est pas pour rien que l’épreuve possède le label IAAF Gold Race, le must en matière de course à pied. 


Le marathon de New-York n’aura lieu que le week-end prochain mais on s’y croirait presque au milieu de tous ces imposants buildings qui se dressent devant nous. Courir aux pieds des tours peut donner le tournis. C’est l’effet « Mainhattan ». Ce quartier d’affaires de Francfort qui tient son surnom d’un célèbre quartier new-yorkais est le cœur de la capitale économique allemande. Il borde la rivière « Main », d'où cette appellation. Ici se trouvent le siège de plusieurs banques, ainsi que de la banque centrale européenne. Dans les rues, d’immenses gratte-ciel fourmillent, nous donnant l’impression d’être des petites fourmis. 


Le parcours qui nous entraîne sur les rives du Main, offre le privilège de découvrir l’impressionnant opéra avec son architecture type renaissance. Construit en 1880 en plein cœur du quartier Westend, la bâtisse l’abritant a presque été entièrement détruite par les bombardements, en 1944, avant d’être reconstruite à l’identique dans les années 60. Bien calé dans un groupe d’une dizaine d’unités, j’arrive au 10e kilomètre en 36’45 (3’41/km). Me voilà lancé sur de bonnes bases, celles d’un chrono sous les 2 h 40 min.


Malgré son profil très urbain, ce marathon propose quelques jolis passages en pleine nature. Courir au bord de l’eau permet de voir la ville sous un angle différent. Même si par moment des gratte-ciel surgissent au-dessus de la rivière, nous découvrons quelques petits coins de campagne préservés de l’euphorie de la grande métropole. Bien aidé par mon groupe, je continue d’avaler les kilomètres. Le semi-marathon est couvert en 1 h 18 min 15s, un temps qui correspond bien à mes attentes. Si je tiens ce rythme jusqu’au bout, je descendrais sous la barre des 2 h 40 min, l’objectif que je me suis fixé pour ce marathon après avoir couru celui de Genève en 2 h 41 min 14s, le 11 mai de cette année.

Suivre la ligne bleue me garantira de ne pas faire un pas de plus que les 42,195 km pour lesquels j’ai signé en m’inscrivant. Ce long ruban qui s’étire droit vers l’horizon, épouse les contours du défi. Le suivre jusqu’au bout signifie réussir son pari. Les courbes du marathon se dessinent aux couleurs d’un ciel azur. La ligne bleue tracée sur le macadam, d'un bout à l'autre de l'épreuve, représente la trajectoire parfaite, le chemin le plus court pour rallier l’arrivée. C’est le cordon ombilical qui me relie à l’épreuve. Suspendu à cette corde comme à une liane, je file de kilomètre en kilomètre. Et, dans la difficulté, c’est à elle que je m’agrippe comme à une bouée de sauvetage pour finir au courage.


Dans les derniers kilomètres, nous retrouvons le centre névralgique de Francfort en empruntant, notamment, un secteur pavé, heureusement, pas trop long pour freiner les ardeurs de ceux qui jettent leurs dernières forces dans la bataille. Les rues que nous traversons vivent au rythme de dizaines de points d’animations. Pop, rock, blues, musique traditionnelle allemande, on se croirait presque à la fête de la musique. En tout, près de 500 000 supporters Francfortois (si, si, c’est comme ça qu’on dit !) sont présents pour nous acclamer. Disséminés un peu partout sur le parcours, leurs encouragements font du bien au moral. 


Et, ça tombe bien parce que j’en ai besoin ! Après le 25e km, mon allure a chuté drastiquement et avec elle mes espoirs de réaliser la performance que je souhaitais. À présent, chaque foulée devient pénible. Un sentiment d'impuissance m’envahît. Le mur du marathon n’est pas un mythe. Ce mur tant redouté par les marathoniens, je l’ai heurté de plein fouet. Comme un kamikaze japonais sur Pearl Harbor. Complètement hagard, je n’y suis plus physiquement et mentalement. Pour tenir bon, je pense à Carole qui m’attend à l’arrivée, et qui croit en moi, et je me répète que « l’abandon n’est pas une option » 


Le final dans le gigantesque « FestHalle » est mémorable. Le tapis rouge est si long qu’il semble ne pas avoir de fin. À Francfort tout est géant ! Au total, 1 394 participants vont courir les 42,195 km en moins de 3h00. Un chiffre impressionnant. Parmi ceux là, je franchis la ligne d’arrivée en 2 h 47min. Pas tout à fait le chrono espéré mais un chrono que beaucoup rêverait de réaliser. La fin a été difficile mais je suis content d’être venu à bout de mon 21e marathon et je pense déjà au prochain que je vais courir. Comme disait Haile Gebrselassie « Quand on court un marathon, on affronte la distance, pas les autres coureurs ni le chrono ! » L’essence même de l’épreuve est le dépassement de soi. 


Chez les hommes, les éthiopiens ont trusté le podium. Après 2 h 6 min 16s d’efforts, Belay Asfaw est le premier à franchir la ligne d’arrivée, imité moins d’un quart d’heure plus tard par sa compatriote Buze Diriba Kejela qui est parvenue à descendre sous la barre des 2 h 20 min pour la première fois de sa carrière (2 h 19 min 34s). L’armada africaine n’en fini pas d’asseoir sa domination sur les courses aux quatre coins du monde. Chaque week-end, la même histoire se répète: « des dizaines de milliers de personnes partent courir 42 km et à la fin, les africains gagnent toujours ! » 


Si après avoir lu ce texte, vous hésitez encore à venir participer au marathon de Francfort alors je ne peux plus rien pour vous. Mais si dans votre esprit flotte encore une once de doute, je vous promet que vous pouvez vous y rendre les yeux fermés. À Francfort, le coureur à pied est aussi respecté qu’un soldat haut-gradé. Le marathon respire la Deutsche Qualität. L’organisation est carré comme un lit dans une caserne militaire où règne la discipline.


Lien vers l’article du magazine Runner’s World:

https://www.runnersworld.fr/agenda/mainova-frankfurt-marathon-2025/



Infos pratiques 


  • Retrait des dossards : au parc des expositions Messe Frankfurt  
  • Accès au départ : les transports en commun sont gratuits avec le dossard le jour de la course. Privilégier le Tram ou le Métro.  
  • Consigne : 4€, non compris dans le prix du dossard (ou en option)  
  • Vestiaires, Douches et Massages : disponible après course dans le parc des expo.  
  • Meneurs d’allure : 2h59, 3h14, 3h29, 3h44, 3h59, 4h14, 4h29, 4h44 et 4h59
  • Barrière horaire : 6 heures.  
  • Ravitaillements : aux km 5, 10, puis tous les 2.500 mètres à partir du km 12.5
  • Live tracking : suivi en direct sur internet et sur l’appli  
  • Marathon relais : départ simultané des deux course (marathon + relais) avec possibilité de courir les deux en même temps pour le 1er relayeur.  
  • Kids race : course enfants la veille du marathon 


En bref 


  • Date : dernier dimanche d’octobre  
  • Nombre de participants : 17 000  
  • Heure de départ : 10h00 (attention au passage à l’heure d’hiver)  
  • Lieu de départ et d’arrivée : FestHalle sur l’avenue Friedrich Ebert Anlage  
  • Dénivelé : D+ 28m  
  • Prix du dossard : entre 110€ et 160€  
  • Contact : mail@frankfurt-marathon.com  
  • Site web : http://www.frankfurt-marathon.com