UN BRETZEL À COURIR EN DUO
Cette course là, Julien l’attendait avec impatience. Il tenait à ce qu’on la dispute ensemble. Ça fait maintenant quelques années (depuis 2016) que je coache ce garçon plein d’énergie et de rêves. Des rêves de marathon qui l’ont déjà mené à Vilnius et à Berlin avec, à la clé, un beau record personnel qui ne demande qu’à être amélioré.
Julien et moi quelques minutes avant le départ du marathon
aux abords de la place Rapp de Colmar
Il peut le faire ! Il l’a dans les jambes ! Il l’a dans la tête ! Je le vois bien réussir un gros coup à Malaga, où il se rendra en décembre. Je m’apprête, pour ma part, à courir mon second marathon de l’année à Francfort. De beaux objectifs individuels nous tendent les bras à Julien et moi. Mais pour le moment, nous sommes le dimanche 21 septembre et c’est 42,195km en DUO qui nous attendent. Réunis par la même passion du marathon nous allons nous partager la distance, chez nous en Alsace, du côté de Colmar. Chacun va courir un semi-marathon à son rythme et nos temps respectifs seront additionnés pour que nous soyons classés par équipe.
En arrivant à Colmar, sur la place Rapp, je repense à tous les bons souvenirs que j’ai vécu ici. Il y a 25 ans, le dimanche 12 novembre 2000, aux environs de 9h00, je me massais les jambes avec de l’huile d’arnica sur cette même place Rapp. Une heure plus tard, je terminais à la 3e place du 10km, en 30’40 tout rond, à l’issue d’un sprint mémorable avec deux kényans. À l’époque, j’étais jeune et plein d’envies. Avec mes deux petites années de pratique, je pensais déjà au marathon mais n’en avait encore jamais couru un. Ce fût chose faite, l’année suivante à Berlin. Directement dans le grand bain, sans passer par la case semi-marathon. Une expérience à part…. Un souvenir inoubliable… On n’oublie pas le premier, on le garde toujours quelque part, là haut, dans un coin de sa tête. Dans la précipitation, j’avais oublié tous mes gels à l’hôtel. J’attrapais les gobelets au vol et quand je les portait à ma bouche, il ne restait plus grand chose à boire dedans. Ma gorge était sèche mais à défaut de ne pouvoir étancher ma soif, j’avais faim. Faim de kilomètres, faim de chrono, faim de courir sans fin… Et 2h 20min 45s plus tard, j’étais devenu un marathonien. C’était hier, c’était bien, c’était si proche et à présent si loin. C’était un jour de septembre 2001…
Et comme la course ne s’arrête jamais, ce matin, il faudra encore avoir faim car c’est un parcours en forme de Bretzel, au départ de la place Rapp, qui va nous servir de festin. Sur le plan stratégie de course, nous avons décidé que Julien partirait le premier. Mon coéquipier se lance donc vers les villages viticoles du nord de Colmar (Ingersheim/Katzenthal/Ammerschwihr/Sigolsheim), avant de revenir dans le centre-ville. La stratégie mise en place devait lui permettre de courir accompagné le plus longtemps possible vu que le départ du marathon en DUO était commun à celui du marathon individuel.
Une fois son parcours achevé, Julien me transmet le relais et je me rend vers le Sud pour traverser les villages de Wintzenheim, Wetttolsheim et Eguisheim dans une bonne ambiance conviviale. Sur mon chemin, je double pas mal de monde sans toutefois connaître leur classement. De plus, j’ignore si les coureurs que je rejoins participent au marathon en solo ou en duo. Impossible de savoir si nous sommes sur le podium ou non. Un dernier effort le long de la Lauch me ramène à Colmar pour vivre l’arrivée jugée sur la place Rapp. Julien court les 500 derniers mètres avec moi et nous terminons l’épreuve côte à côte. Un bon moment de solidarité qui prouve que la course à pied, sport individuel par l’excellence, peut se partager.
L’épreuve colmarienne, dont c’était la 10e édition, signe un nouveau record de participation avec 7 600 coureurs ayant pris un dossard. Mon ex-coéquipier chez Adidas, Sebastien (Spehler), que j’ai bien salué au départ, remporte le marathon individuel. Notre champion de trail alsacien a bouclé les 42,195 km de l’épreuve en 2 h 25 mn 41s, explosant son propre record de l’épreuve datant de 2022 ( 2 h 29 mn 55s).
Finalement, nous terminons à la quatrième place du classement par équipe (à seulement 1mn20s des 3e) après avoir donner le meilleur de nous même. Malgré toute l’énergie déployée, nous n’avons pas pu accrocher cette place sur le podium dont Julien rêvait tellement. Il avait fait ses calculs en bon comptable qu’il est, il y croyait dur comme fer mais ce n’est que partie remise et l’occasion de refaire cause commune l’an prochain pour que le meilleur de chacun se transforme enfin en victoire.
En attendant, la préparation pour nos marathons respectifs suit son cours. À Malaga, le 14 décembre, Julien vivra sa 3e expérience et, cette fois, il devra manger tout le bretzel seul et n’en laisser que des miettes. Il faudra avoir faim ! Faim de kilomètres, faim de performance, faim de courir sans fin… pour ne pas rester sur sa faim.
Merci à toi, cher Julien, pour cette journée mémorable et pour cette belle expérience qui en appelle d’autres !
